Yogui et Haïti vus d'ici et là-bas...
2 mois...
Jeudi 7 août
Yogui est rentré de son périple en République Dominicaine. Pour lui, le contraste a été saisissant. La beauté des paysages l'a fasciné, la nature y était verdoyante, comparée à la déforestation haïtienne.
Au fil de balades dans la région de Samana, de transports en taptaps, Christiane et lui, ont pu aussi visiter les quartiers touristiques de Saint Domingue et le quartier colonial. Le contraste se jouait aussi sur les touristes qui arrivaient en masse (4 gros bus au même moment pour remplir 2 petits bateaux) pour partir à la découverte de ce qu'ils croient paradisiaque. Parallèlement, la population dominicaine, qui connait un fort décalage et une philosophie de vie bien différente de celle des haïtiens, pourtant juste à côté.
Là, il se trouve dans la capitale haïtienne, PAP, et se prépare à rencontrer des représentants du KNFP (Conseil National de Financement Populaire). Il doit recevoir des conseils pour le déroulement de son stage.
De bonnes journées de travail en perspective, ponctuées toujours de découverte... et d'orages de chaleur à chaque soirée...
"Kay koulè twompé soley, li pa jamn twompé la pli."
"La maison en couleur trompe le soleil, mais jamais elle ne trompe la pluie."
ayiti mé wi
Lundi 04 août
Toujours sur les routes, Yogui l’économiste averti, part à la recherche d’une nouvelle découverte à faire et d’un nouveau sujet à aborder.
C’est pourquoi, il est reparti pour la capitale afin de rencontrer des élus pour leur exposer un projet pour pallier à la crise alimentaire qui a provoqué des émeutes en avril dernier. Les arguments n’ont, visiblement pas convaincus, mais ont tout de même poussés Guillaume a trouvé une alternative. Il s’intéresserait à l’idée de mettre en place un centre d’appui aux exploitations familiales, par une logique d’intervention de proximité. Il reste dans cette démarche participative inhérente au microcrédit.
Hormis tout ce travail qu’il cherche à mettre en place pour son stage, il prend le temps de visiter le pays et même l’île dans sa globalité. Il est parti dès jeudi, après un passage par la douane, en République Dominicaine, jusqu’à mardi, normalement, avec une collègue de ID. A voir, maintenant, si le choc ne va pas être trop fort au passage de l’un à l’autre pays…
"Déyè mòn, gen mòn."
"Derrière une montagne, il y a une montagne."
empil bagay...
Vendredi 25 juillet 
Le travail avance relativement vite… fini le temps où les questionnaires prenaient 2h de temps chacun. Maintenant, c’est une moyenne de 15 par jour ! En rajoutant les focus group qui sont des réunions avec les acteurs des Organismes de Base pour se rendre compte de leurs besoins, envies, questionnements.
Et puis, il y a ce travail de terrain qui donne une vraie sensation de liberté. Partir si loin pour rester collé à l’ordinateur, enfermé, ça n’en vaut pas la peine. Même s’il faut toutefois passer par là. Et oui, à avancer si vite, il est bientôt temps de traiter les données !
Vient alors dans l’esprit de notre économiste favori, l’éventualité d’élargir le concept de microcrédit. Outre l’étude sur le développement de l’activité d’élevage de pintades, il envisage de mettre en place aussi des actions d’accompagnement-suivi des éleveurs.
La rapidité se voit aussi dans la faculté d’adaptation à un nouveau pays. Il s’y plaît comme s’il y avait toujours vécu. Equipé de son vélo, de son réparateur personnel, il part chez son collègue de travail, Odinel, pour prendre le petit déj’ avec toute sa famille, tient une discussion en créole pendant près d’une demie heure et ne s’étonne pas que sa chérie restée en France l’appelle sur son portable ! J
Preuve que même si ce pays est décrié par les médias comme étant un des plus pauvres du monde, un des plus dangereux, on ne peut juger que lorsque l’on s’y rend. Et c’est un peu comme en Corse, on n’y trouve pas que des bombes !
"Kreyol palé sé kréyol komprenn."
"Le créole parlé est le créole qui est compris."
pa gen pwoblem
Lundi 14 juillet
10 ans qu’on a gagné la coupe du monde de foot !!
D’après wikipedia, l’équipe d’Haïti n’aurait fait ses preuves en phase finale qu’à la Coupe du Monde 1974… Le nouveau sélectionneur entend bien qualifier ses joueurs pour la Coupe du Monde 2010 !
Pour ce qui est du foot, Guillaume est allé voir les matchs dans les « cinémas », ces endroits où une télé fait le bonheur de tout le village !
Il arrive quand même à avoir ces temps de liberté pour partir à la découverte de Haïti et de ses habitants tous plus intéressants les uns que les autres. Un jour, il va aller sur le terrain rencontrer un paysan intéressé par l’élevage de pintades, un autre jour il ira manger dans la famille d’un membre de son équipe, tomber « amoureux » de la petite fille qui a peur de lui…
Un autre jour, très matinal, il ira se balader avec ses collègues dans la montagne, grimpant sur un morne pour voir la mer… ou il ira négocier un vélo pour 30€ !
Le vélo est d’ailleurs un moyen de transport relativement sûr, car avec les routes locales, personne n’est à l’abri de crever en chemin. Et même si 20 haïtiens vous regarde dans votre galère, ils préfèreront s’amuser à vous observer qu’à venir vous aider… signe que c’est réellement drôle de voir ce genre de situation désopilante ! Heureusement que passait par là une femme d’une soixantaine d’années qui a déjà participé au Paris-Dakar et sait changer une roue !
Bref, déjà plus d’un mois que notre petit nîmois est parti là-bas et qu’il avoue s’y sentir bien. La preuve, pas encore de vilaine maladie, virus ou autres petites bébêtes venant gâcher le séjour !
"Se soulye ki konnen si chosèt gen twou !"
"C'est le soulier qui sait si la chaussette est trouée ! "
the economist
Lundi 30 juin
L'économiste continue son aventure... Il travaille sans relâche sur son échantillon d'une centaine d'exploitations. Mais un questionnaire prend, pour l'instant, plus de 2h15 à être rempli. Il faut prendre en compte le niveau intellectuel du questionné, la traduction en creyol, ainsi que la bonne compréhension mutuelle, et toujours cette chaleur pesante.
Il a passé quasiment toute la semaine à la capitale (PAP pour les intimes, ou les hôtesses de l'air!) pour rencontrer les acteurs du PACOB (le programme d'appui de microcrédit rural). Il a donc pu revoir cette ville si particulière, voyager en petit avion entre jean rabel et PAP... et même avoir de grandes sensations en moto à 70 km/h!! (les routes ne sont pas réputées pour être très praticables!) Donc, même en travaillant du lundi au samedi, il arrive aussi à découvrir le paysage qui l'entoure!
Doué d'une grande capacité d'adaptation, Guillaume sait apprécier les moments tels qu'ils se présentent et garde un bon moral...
"Cueille ta vie, avant que le temps ne l'emporte..."
"Mein ampil chay pa lou" (A plusieurs mains, la charge est moins lourde)
Lundi 23 juin

- Bonjou, kouman ou ye ?
- M’pa pi mal ! E ou mem ?
- Mwen la !
Et oui ! L’été est parmi nous !
Il n’y a pas qu’à Haïti où il fait chaud !
C’est quand même le moment où on mange pour moins de 160 gourdes (équivalent à moins de 3€ dans la monnaie locale), où on boit de la bière sans goût, où on se permet d’apprécier le bon breuvage made in USA, au doux nom de CocaCola, où on s’offre des vêtements griffés ralph lauren pour 1€ et où on se délecte de cocktails à la mangue, papaye et citrons… rafraîchissant !Mais que peut-on découvrir d’autres dans ce pays si lointain et si riche de vie… ?
D’après le site RITIMO (Réseau d’Information et de Documentation pour le Développement Durable et la Solidarité Internationale) où l’on retrouve des dossiers sur certains pays, dont Haïti :
Repères : Indicateurs :
Superficie : 28 000 km² Mortalité infantile: 72 ‰
Population : 8.5 millions Espérance de vie : 53 ans
Densité de population : 300 / km2 Croissance démographique : 2,3 %
Langues officielles : Français et Créole haïtien Taux de chômage : 32.7%
Régime : République Taux d’analphabétisme: 48%
Président depuis 2006 : René Préval Indice de développement humain : 0.475
Haïti est donc la partie Ouest de l’île d’Hipaniola, la partie Est étant la République Dominicaine.
Son histoire débute en 1492, lorqu’elle fut découverte par Christophe Colomb. Très vite, elle fut le lieu de l’esclavage. Mais l’histoire en en voulu autrement. Car l’île ne possède pas de grandes ressources telles que l’or ou l’argent et sera délaissée par les Espagnols.
Au 14ème siècle, les Français vont s’installer dans le nord de l’île et y introduiront des cultures coloniales : canne à sucre, café, cacao et coton. L’île devient riche et à la fin du 18ème siècle, elle est la colonie la plus riche du monde. Elle produit à elle seule 85% de la production mondiale de sucre. Cette richesse repose sur le travail des esclaves importés d'Afrique. Mais en 1791, les esclaves noirs se révoltent pour que leur soient appliqués les principes de la révolution française « tous les hommes naissent libres et égaux en droit ». Toussaint Louverture, noir, chargé de l’administration d’un domaine, affranchi, prend la tête de cette révolte. Le pays devient alors le premier à déclarer l’abolition de l’esclavage, en 1794.
Haïti, malgré sa forte personnalité, se retrouve isolée, car mal perçue par les autres pays et, surtour, par les Etats-Unis. En 1825, Charles X reconnaît Haïti moyennant le remboursement des terres confisquées, soit la somme 90 millions de francs-or, ce qui représente une année de budget de la France de l’époque. Cette dette, très préjudiciable au futur développement économique du pays, sera payée jusqu’en 1893. Haïti obtient une reconnaissance sur la scène internationale et se présente comme le symbole de la dignité noire. En 1919, Haïti fera partie des membres fondateurs de la SDN (Société des Nations) par la signature du Traité de Versailles. Plus récemment, Haïti a aidé la France à faire du français une langue officielle aux Nations unies.
Mais le pays ne connaîtra pas la paix et la stabilité politique nécessaires à son bon développement. Il s’agit de l’un des pays les plus pauvres du monde : sur l’indice de développement humain (IDH) établi par l’ONU, il figure au 153ème rang sur 177 pays.
Ce petit pays, pauvre économiquement mais riche de son histoire et de sa culture, se trouve confronté à plusieurs grands défis, dont un défi politique qui vise à créer un véritable Etat-Nation qui permettrait de créer les conditions nécessaires à l’émergence d’une économie. Et un défi écologique, avec la nécessité de repenser le modèle agricole vers une agriculture raisonnée s’inscrivant dans une logique de développement durable.
L’économie haïtienne est essentiellement rurale et agricole, les deux tiers de la population vivant en milieu rural. L'agriculture, bien qu'elle souffre d’un manque d’engrais, d’outils et d’irrigation, reste le principal secteur économique du pays (60% de la population active et 30% du PIB).
Et, contrairement à la République Dominicaine, Haïti ne peut compter sur la manne touristique. Le Club Méditerranée a fermé son dernier établissement en 2000. La ligne aérienne Paris-Port au Prince a été supprimée.
Enfin, dernière spécificité, l‘importance économique de la diaspora : un Haïtien sur cinq vit actuellement à l’étranger, soit 2 millions de personnes : 1 million en République dominicaine, 400.000 aux Etats-Unis, quelques milliers en France et au Canada. Chaque année, ce sont de 500 millions à 1 milliard de dollars qui sont envoyés au pays, ce qui représente jusqu'à 25% du PIB, soit 3 fois le budget de l’Etat.
De ce fait, le pays qui vit grâce à sa diaspora et à l’aide internationale, se retrouve dans une situation de profonde dépendance.
© Ritimo, Cdtm Montpellier, 2007
Un rendez-vous pour les parisiens: Ce samedi 28 juin 2008, à la Bourse du Travail, à Saint Denis (93), se déroule la 5ème journée Portes Ouvertes des associations franco-haïtiennes.
Pour plus d’infos :
www.collectif-haiti.fr
www.ritimo.org/dossiers_pays/ameriques/haiti/haiti_intro.html
"Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, sans être candide…"
Jeudi 12 juin
Internet fonctionne, même dans le fin fond d’Haïti !!!! La preuve, je n’ai même pas le temps de prendre du recul sur les dernières nouvelles, que déjà il envoie l’essentiel du futur article !
En même temps, il vaut mieux qu’il en profite et vous aussi, n’est-ce pas ?
C’est pourquoi, les prochains articles vont être ponctués de liens et de sujets de réflexion sur ce lointain pays que l’on connaît si peu!
Même à des kilomètres (très exactement 7362, 535 km, d’après le site ephemeride.com !!), on y trouve une mixité culturelle (Togolais, Martiniquais, Français…). Alors, imaginez-vous travailler dans ce pays mystérieux…
Selon le dernier mail de Guillaume, l’ambiance de travail est tranquille et il s’adapte au rythme du pays, à savoir trouver un équilibre pour être efficace en un minimum d’efforts !
Et oui, mes nouvelles ne sont pas fraîches, mais c’est parce qu’il fait vraiment trop chaud là-bas !!
Le point rassurant est qu’il peut compenser ce lourd changement avec l’hébergement dans une maison bien équipée, avec des murs, l’électricité, l’eau potable, de nouvelles personnes accueillantes,la douche qui se fait au seau et de quoi manger !
Enfin, l’équipe, composée essentiellement d’Haïtiens est très chaleureuse et peu à peu, Guillaume réussit à mettre en place son questionnaire pour pouvoir commencer les entretiens.
Ah, le micro crédit… tout un programme !
Un dimanche à Port-au-Prince...
Dimanche 8 juin.
Pendant que nous regardons la finale (très rapide) de roland garros, Guillaume visite Port-au Prince.
Il a été accueilli par le responsable de l'association ID et part visiter un fort en haut d'une montagne. Et oui, déjà du sport et des sommets à grimper dès son arrivée!
Dès lundi, il part pour Jean Rabel, pour plus de 6h de route, afin de réellement commencer son stage.
La première difficulté rencontrée est, sans nul doute, de comprendre les haïtiens parler kreyol!!
Pour continuer dans les infos sportives: 0-0 pour le match de foot France-Roumanie et 3-0 pour Pays-Bas-Italie... ceci était juste pour info et n'apporte pas grand chose au bon déroulement de ce stage!
Tout le monde pense à toi, Guillaume.
Jour J + 1: Yogui à Orly
Samedi 7 juin 2008, 09h20, café, Orly Sud,
Marie-Claire nous attend pour prendre le petit déjeuner. Et Guillaume n’a pas le temps de finir son café qu’il faut déjà qu’il parte. Les au revoir vont être rapides.
Nous avons tout juste le temps de trouver le hall d’embarquement, de se remémorer les différentes personnes que l’on a croisé. En partance pour Ouagadougou, Dakar, tous avec des objectifs différents.
Et très vite, entre 2 petites larmes et des grands sourires, je vois Guillaume prendre l’escalator et s’éloigner de plus en plus…
Heureusement, Marie-Claire sait prendre soin des « âmes errantes » de Orly et me propose une ballade sur les bords de Marne, pour oublier que Guillaume est déjà dans les airs.
22h, heure française, Guillaume m’envoie un message pour dire qu’il est bien arrivé à Point-à-Pitre, après un voyage haut en couleurs, bruits et animations… Bref, la fatigue se fait sentir, mais le sourire est toujours là et on peut sentir son impatience à arriver à bon port… celui du Prince !!
Depuis, le soleil est revenu sur Paris, peut-être pour mieux vivre son départ ou rêver à d'autres voyages...
Premier article, comme un test, une sorte de carnet de voyage à 4 mains et plusieurs regards… N’hésitez pas à me faire part de vos commentaires, réactions, inquiétudes, nouvelles, voire articles. Nous avons décidé de créer ce blog comme un condensé d’informations pour suivre ce qui se passe en Haïti depuis la France.
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